Origine et histoire du Garage
Le garage Citroën de Lyon, situé rue de Marseille dans le 7e arrondissement, fut édifié entre 1930 et 1932 sous la direction de Maurice-Jacques Ravazé, alors chef du service d’architecture de Citroën. Ce bâtiment en béton armé, long de 130 mètres et large de 52 mètres, incarne l’architecture fonctionnaliste de l’entre-deux-guerres. Il était conçu comme la « plus grande station-service du monde », avec un garage capable d’accueillir mille voitures, et se distingue par son hall monumental de 15 mètres de hauteur, ses rampes d’accès superposées, et une façade vitrée de 300 m2 sur la place de l’Université. L’artiste Jean Prouvé y a conçu des éléments emblématiques comme la verrière, les balustrades en ferronnerie, et les portes métalliques, tandis que la structure reflétait une organisation rationnelle des espaces : vente de voitures neuves et d’occasion, ateliers de réparation, et stockage répartis sur six niveaux.
Inscrit à l’inventaire supplémentaire des Monuments historiques le 18 mai 1992 malgré l’opposition initiale de Citroën, le garage a fait l’objet d’une rénovation en 1996, puis d’une réhabilitation majeure entre 2013 et 2015 pour 33 millions d’euros, menée par le groupe 6e Sens Immobilier. Les travaux ont restauré des éléments d’origine comme les garde-corps de Jean Prouvé ou les rampes d’accès, tout en adaptant les étages supérieurs en bureaux (16 500 m2) et parkings (200 places), tandis que le rez-de-chaussée (4 500 m2) reste dédié à Citroën. Le hall octogonal de 18 mètres de hauteur, initialement conçu pour impressionner par son volume « théâtral », a été partiellement altéré en 1971 par l’ajout d’un plancher intermédiaire, mais sa poutraison à caissons et ses colonnes massives en béton ont été préservées.
Symbole de l’ère automobile naissante en France, ce garage était la plus monumentale des vingt succursales Citroën construites entre 1920 et 1935, avant la faillite de la marque en 1934. Son architecture, marquée par des tours d’escaliers verticales contrastant avec des bandeaux horizontaux, s’inspire du constructivisme et du garage Marbeuf à Paris (1929). Aujourd’hui, il reste le seul exemplaire intact de cette série, témoignant à la fois de l’innovation technique de l’époque (élévateurs hydrauliques, rampes doubles) et de l’ambition commerciale d’André Citroën, qui y voyait un « palais du XXe siècle » dédié à l’automobile. La charpente mixte bois-fer du dernier étage, conçue pour être démontable, illustre cette flexibilité fonctionnelle, tandis que le béton armé domine l’ensemble, typique des réalisations industrielles des années 1930.